Aya Nakamura : Qui est vraiment la pop star attaquée par l’extrême droite ?

Arlette Roussel

Qui est la pop star attaquée par l'extrême droite : "Elle est noire, elle ne sait pas chanter Edith Piaf aux JO"

Un groupe de jeunes nationalistes veut empêcher Aya Nakamura, originaire du Mali, de chanter « La vie en rose » aux Jeux de Paris, car ce ne serait pas assez « françaisd.

Il a fait danser des millions de personnes dans le monde entier avec son morceau le plus célèbre (jusqu’à présent), Djadja, mais la pop star Aya Nakamura fait désormais face à une série d’attaques, ouvertement ou ouvertement racistes. Ce qui a déclenché les régurgitations xénophobes, ce sont les rumeurs selon lesquelles la chanteuse française pourrait se produire lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris en chantant « La Vie en Rose », la célèbre chanson d’Édith Piaf devenue le symbole de la musique transalpine. La simple hypothèse a réveillé les instincts vulgaires de l’extrême droite française, capable d’insérer une polémique raciale dans l’un des événements les plus attendus par les sportifs du monde entier.

Qui est Aya Nakamura et d’où vient-elle ?

Aya Nakamura est le pseudonyme d’Aya Coco Danioko, née à Bamako au Mali et naturalisée française. Avec ses parents et ses quatre frères, elle part ensuite vivre à Aulnay-sous-Bois, en banlieue parisienne, où elle se forme également professionnellement. En 2014, il a commencé à publier de la musique en ligne, en utilisant son nom de scène qui s’inspire du personnage nommé « Hiro Nakamura » de la série Heroes. Le succès international du chanteur, aujourd’hui âgé de 28 ans, a explosé avec la chanson « Djadja », qui a atteint près d’un milliard de streams rien que sur YouTube. Ses chansons ont su dépasser, cas assez rare, les étroites frontières transalpines pour exploser aux oreilles des jeunes de tout le continent européen et au-delà. Aujourd’hui la chanteuse est reconnue comme une icône de la musique pop et représente pour beaucoup l’exemple de la jeune femme qui parvient à remonter de la banlieue parisienne grâce à son talent.

L’étendard des jeunes blancs d’extrême droite

Une voie qui n’est cependant pas très bienvenue pour les militants d’extrême droite pour qui Nakamura ne serait pas apte à représenter la France, encore moins à interpréter une chanson d’Édith Piaf, considérée comme une icône intouchable de la « France traditionnelle ». Ils le lui font savoir avec une image postée sur X (anciennement Twitter), sur laquelle ils brandissent une banderole avec un message explicite : « Ce n’est pas possible Aya. C’est Paris, pas le marché de Bamako ». La référence est à la capitale du Mali, lieu de naissance du chanteur. L’action a été signée le 9 mars par le groupe Les Natifs, qui dénonce une « africanisation » de la culture française. Créé en 2021 et basé à Paris, le groupe compterait une soixantaine de membres, en majorité des hommes entre 20 et 25 ans, dont beaucoup seraient issus d’une autre formation politique, Génération Identitaire, dissoute en 2021.

Selon le réseau BfmTV, un de ses membres aurait surnommé Les Natifs « le syndicat des petits blancs ». Lors des élections présidentielles de 2022, ils avaient demandé à voter pour Éric Zemmour ou Marine Le Pen, tous deux membres de l’extrême droite française. Ils soutiennent la théorie raciste et complotiste du « grand remplacement », l’un des points forts de Zemmour, appelant à la « re-migration », c’est-à-dire l’expulsion des immigrés « non assimilés ». Ils ont des liens avec d’autres groupes d’extrême droite à Toulouse, Lyon et Rouen, dont certains ont déjà été condamnés pour violences racistes. Zemmour lui-même a été reconnu coupable d’incitation à la haine raciale. Dans un éclat insensé, il a déclaré que « les futurs enfants ne votent pas pour le rap, ni pour la lambada, ni pour Aya Nakamura : ils votent pour Mozart ! ».

Critiques de l’orthographe de Nakamura

La semaine dernière, le Centre national de lutte contre la haine en ligne (Pnlh) a annoncé l’ouverture d’une enquête suite à un rapport de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) « qui dénonçait des publications racistes » au détriment d’Aya Nakamura. Le débat a éclaté à la fois dans les médias traditionnels et sur les réseaux sociaux. Certains éditorialistes proches de la droite, bien qu’ils n’aient jamais traité de musique, ont souligné la faiblesse des paroles du chanteur. Dans les talk-shows, ils épelaient les chansons, soulignant les fautes d’orthographe ou l’utilisation de termes d’argot. Certains experts en musique ont plutôt pris une position claire sur la question. « S’il s’agissait de musique, on n’aurait même pas de débat : Nakamura est la plus grande pop star française, point final », a-t-il déclaré. France24 Olivier Cachin, critique musical influent : « Mais ce n’est pas une question de musique. C’est une question de couleur de peau. C’est du racisme pur et simple », conclut l’expert.

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La réponse de la pop star aux « racistes, mais pas sourds »

Le 10 mars, la réponse d’Aya Nakamura est arrivée sur les réseaux sociaux. « On peut être raciste, mais pas sourd. C’est ça qui te fait mal ! Je deviens le sujet d’Etat numéro 1 des débats mais qu’est-ce que je te dois vraiment ? Rien« , a rejeté la pop star en référence à l’action de l’extrême droite. En plus de bénéficier du soutien institutionnel de certains représentants du gouvernement, l’ancien joueur de l’équipe de France Lilian Thuram s’est également aligné aux côtés de l’artiste. L’attaque contre la pop star serait une énième attaque de l’extrême droite contre des chanteurs d’origine étrangère ou qui ne répondent tout simplement pas à leurs normes raciales.

« Les rappeurs et les chanteurs de R&B sont régulièrement utilisés comme boucs émissaires dans des débats qui vont bien au-delà de leur personnalité », ont soutenu à France24 Karim Hammou et Marie Sonnette-Manouguian, co-auteurs d’un livre retraçant 40 ans de musique hip-hop en France. « La vraie question qui se pose ici est celle de la participation des personnes issues de l’immigration à la culture française et de l’enrichissement de sa langue et de ses modes d’expression. » L’épisode n’est donc pas isolé, mais cible le nouveau récit d’une génération d’artistes qui critiquent souvent l’expérience coloniale française en Afrique. Une vision que l’extrême droite préférerait obscurcir ou dénigrer, tant ces artistes parviennent à toucher des millions de personnes avec leurs chansons. Plus puissant que n’importe quel livre d’histoire.

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Les origines d’Édith Piaf et son rôle dans la Résistance

La polémique déclenchée par « Les Natifs », fondée sur une opposition entre Nakamura et le légendaire chanteur français protagoniste des années 1930 aux années 1960, révèle une ignorance encore plus profonde lorsqu’on étudie les origines et la carrière d’Édith Piaf. Avant de fréquenter les élites de son temps, Piaf est elle-même issue d’une famille modeste, avec un père contorsionniste et une mère artiste originaire de Livourne, et élevée dans ses premières années par sa grand-mère, dresseuse de puces, qui a ensuite grandi à la banlieue parisienne, comme Nakamura. Sa musique, avant d’être célébrée par les bourgeois d’aujourd’hui, était essentiellement populaire, chantée par un Paris ouvrier engagé dans la lutte des classes et contre la pauvreté.

Elle-même a été ridiculisée au début de sa carrière car elle incluait dans ses textes des expressions d’argot de l’époque, récupérées dans les ruelles de la capitale transalpine. Il y a eu un long débat dans l’opinion publique concernant son rôle pendant la Seconde Guerre mondiale, car elle était à l’origine considérée comme une collaboratrice. Paris occupé par les nazis, Piaf doit se soumettre à la censure imposée par les occupants, mais profitant du fait qu’elle est appréciée des Allemands, elle participe clandestinement à diverses actions de la Résistance, en s’engageant par exemple à se procurer de faux papiers pour ses compatriotes prisonniers dans les camps de concentration en Allemagne pour les aider à s’évader. Un engagement que l’extrême droite d’aujourd’hui ignore ou sous-estime pour s’approprier des icônes qui ne lui appartiennent finalement pas.

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